manifestation pas de bébé à la consigneLe 23 mai dernier le collectif “Pas de bébé à la consigne”  a appelé les professionnels de la petite enfance à se mobiliser pour lutter contre les nouvelles réformes du gouvernement sur les modes d’accueil du jeune enfant. Bien sûr à nos dépens. Diminution du nombre de m² par enfant (donc augmentation du nombre d’enfant par structure déjà en place), diminution du nombre de professionnels qualifiés, augmentation du nombre d’enfants par professionnels,….

 

Nous avons donc participé à notre toute première manifestation avec Margaux. Ayant vu l’événement que très tardivement (la veille vers 23h) je n’ai pas vraiment eu le temps de me préparer à la chose. Nous sommes donc partie le lendemain matin les mains vides.

Une fois arrivée sur place, j’ai dû chercher un moment, avant de trouver quelque chose qui ressemblait vaguement à un rassemblement. C’était un événement assez timide, un petit troupeau de personnes agglutinés devant la mairie et caché par les arbres. Seuls quelques drapeaux de la CGT et quelques étiquettes artisanales accrochées à des tee-shirts étaient visibles. Autant vous dire que même les passants qui marchaient sur le trottoir d’en face n’ont même pas remarqué notre présence. J’avoue que pour une première, je m’attendais à plus mouvementer.

Certaines ont fait un brin de musique, d’autres ont poussé la gueulante, mais toutes ces tentatives d’animation, ce sont vues avortées au bout de quelques secondes. Bref, nous étions présentes ! Après tout, c’est le principal ! Mais au bout de quelques minutes, seule avec Margaux, à voir le temps qui passe, un petit plan a commencé à émerger dans ma tête. Et si j’essayais d’interviewer des personnes pour faire un article. Téléchargeant à la va-vite une appli dictaphone, me voilà partie à la chasse !  

(pas besoin de préciser que dans un souci de confidentialité, les noms de mes victimes seront remplacés)

Je vais donc vous parler de Daphné 28 ans Auxiliaire de puériculture depuis 6 ans en multi-accueil, de Morgane 37 ans Auxiliaire de puériculture depuis 3 ans en multi-accueil, de Céline 31 ans accueillante éducative depuis 2 ans en micro-crèche, et de Laura éducatrice de jeune enfant depuis 6 ans, actuellement en micro-crèche. 

 

 

Pourquoi êtes vous ici aujourd’hui ? 

 

Laura : “Car ils veulent nous passer à 16 enfants (au lieu de 10). Nos locaux n’ont pas été prévus pour ça, et même si on rajoute une professionnelle en plus, le groupe sera quand même plus conséquent, en sachant que tous les âges sont confondus. L’intérêt de la micro-crèche va totalement disparaître. Cela deviendra une crèche tout simplement et nous ne pourrons plus proposer la même qualité d’accueil.»”

 

Que pensez-vous de cette manifestation ?

 

Daphné : “On est contente d’être là, mais on aurait voulu faire plus ! Un cortège, ou faire un peu plus de bruit, se faire entendre. Nous ne sommes absolument pas entendues dans notre profession. Et avec ces nouvelles lois, je ne vois pas comment être bienveillante envers l’enfant.”

 

Imaginez-vous recevoir plus d’enfants dans vos locaux actuel ? 

 

Daphné : “NON ! Nous sommes déjà à 31 berceaux, mais avec les places d’urgence nous sommes toujours à 35 ! Le pourcentage d’urgence est déjà utilisé au quotidien chez nous, ce qui crée beaucoup de tensions : les enfants ont moins d’espace et se disputent plus pour les jeux libres.”

Morgane : “Nos locaux ne sont pas du tout adaptés pour ça. Nous n’avons qu’une seule pièce à vivre our notre section. Il nous est impossible de diviser les enfants en plus petit groupe. Les jours de pluies, nous sommes confinés ensemble toute la journée. Le groupe le ressent, les enfants sont plus vite fatigués et irritables.”

 

Ressentez-vous des risques psychosociaux ?

 

Céline : “Non, justement, tout ce passe bien pour le moment et j’ai envie que cela reste comme ça. Avant j’étais coiffeuse, on nous demandait d’être toujours plus productives, mais je n’ai pas envie d’être plus productive dans ce milieu. Ce n’est pas le but de la petite enfance. Nous sommes dans l’accompagnement de l’enfant pas dans le gardiennage, ni l’élevage. Ce sont des êtres humains, pas des poules, ni des oies. Dans ma petite expérience, j’ai toujours été en micro-crèche et cela me convient très bien en tant que professionnelle. Nous avons la chance d’avoir une super structure avec une directrice à notre écoute, les parents se sentent en confiance. Je ne veux pas que cela change.”

Daphné : “Après une journée nous sommes épuisés. Nous sommes à 3 pour 24 enfants (moyens, grands) sur la journée. Dont 2, voir seule pendant 3h par jour pendant les pauses.”

Morgane : “Une fois, par manque de personnel, je suis restée seule entre midi et deux avec le groupe. J’étais en train de changer un enfant avec une selle débordante quant un autre à commencer à s’étouffer. Quand j’en ai parlé à ma responsable, on m’a alors répondu que notre effectif était déjà du luxe, et que les crèches qui employaient plus finissait par couler et se faire racheter par les grands groupes.” 

 

Pensez-vous que les parents voient les difficultés auxquelles vous êtes confronté chaque jour ?

 

Morgane : “Bien sûr, je pense qu’ils s’en rendent compte. Quand les parents arrivent sur les temps forts de la journée, ils sont tout à fait conscients qu’il faudrait une personne en plus pour gérer le groupe. Ou dans les cas d’arrêts maladie, ils voient bien que la professionnelle n’est pas remplacée.”

 

Un mot en plus ?

 

Laura : “En tant que professionnelle de la petite enfance, on n’ose jamais se mobiliser. On pense toujours aux enfants, aux parents et à notre direction. Ce que j’entends très bien ! Mais aujourd’hui si on veut que la politique de la petite enfance change, il faut passer par là. Il faut qu’on se batte pour l’accueil des enfants en crèche et pour leur créer une meilleure place dans la société.”

Morgane : “Si on est là aujourd’hui, c’est pour le bien-être des enfants, mais aussi des professionnels. Malheureusement, certaines ont peur de faire grève ou n’en n’ont pas les moyens financiers, car les 3/4 sont au SMIC. Mais il faut quand même se faire entendre ! Pourquoi ne pas faire une manifestation le samedi qui pourrait être plus accessible aux emplois du temps des parents et des professionnels.”

Daphné : “On est tous concernés ! Les professionnels certes, mais aussi les parents et les jeunes qui auront des enfants plus tard. Malheureusement, notre métier n’est absolument pas reconnu. On entend souvent « mais vous êtes payé à jouer avec les enfants toute la journée ». Nous manquons cruellement de visibilité médiatique. Ce matin, je suis allée déposer ma fille à sa crèche. Quand j’ai dit à la professionnelle que je viendrais la récupérer plus tôt, car je suis en grève. Elle était choquée ! Elle ne savait même pas qu’il y avait une manifestation aujourd’hui.

 

De mon point de vue : 

 

Les professionnels exerçant en grosse structure se sentent déjà acculés par leurs conditions de travail alors que les petites structures sont encore préservées. On entend beaucoup parler des VEO (Violences éducatives ordinaires) en ce moment. Malheureusement, on entend beaucoup moins parler des Violences Institutionnelles, qui sont pourtant  déjà dans le quotidien de nombreux enfants. Stress acoustique, manque de disponibilité de la part des professionnels, repas tardifs et rapide, groupe d’enfants élevés (vous pouvez y mettre autant de professionnels que vous voulez un groupe de 25 enfants en bas âge, C’EST TROP !), durée de sieste obligatoire,…

 
Pour le côté médiatique, je rejoins l’avis de mes collègues. Notre profession n’est absolument pas prise en considération : suite à cette grève, j’ai cherché des articles « compte rendu » sur le DNA et le 20 min Strasbourg (2 journaux que je suis régulièrement) Absolument rien. 

Sur le DNA j’ai quand même trouvé un article qui expliquait la grève le jour J, et pour le 20min les seuls résultats de recherche que j’ai obtenu, c’est une dizaine d’articles sur les grèves SNCF. Pire encore, même sur le site officiel de la CGT (eux qui nous ont fait un beau et long discours sur place avec de jolis drapeaux) je n’ai pas trouvé une seule ligne sur ce mouvement alors que retraite et Macron en prennent pour leur grade. Heureusement que les fondateurs du mouvement, Pas de bébé à la Consignes, nous ont fait un jolis communiqué.

 

 

En Bref !

Merci à toutes les personnes qui sont venues protester le 23 mai et à toutes les personnes qui ont soutenu le mouvement. Un grand merci à Daphné, Morgane, Céline et Laura pour leurs témoignages (j’ai dû couper au montage, mais j’espère avoir été fidèle à vos pensées.) 
Le combat continu et n’oublions pas que nous nous battons pour nos conditions de travail, mais aussi et surtout pour les conditions de vie de vos enfants !

Prochain Round le 4 Juin à l’assemblée générale sur Paris ! En attendant vous pouvez signer la pétition “Ensemble pour un printemps des modes d’accueills” Ou encore, si vous êtes professionel, témoigner  de vos conditions de travail.

Gwenn